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Aide à la vie partagée : qui paie le « vivre ensemble » dans un habitat partagé

Habitat partagé

Dans un habitat partagé, quelqu'un prépare les repas communs, règle les petites tensions, tient le lien avec les familles. Ce travail existe, il se paie, et il n'entre dans aucune case connue. Une aide publique lui est pourtant consacrée.

Réponse rapide : l’aide à la vie partagée finance l’animation et la coordination de la vie commune dans un habitat partagé. Pas la toilette, pas les courses, pas le ménage chez soi : cela reste du ressort de l’aide à domicile. Elle est versée à la structure qui porte le projet de vie sociale et partagée, au bénéfice des habitants. Son montant peut atteindre 10 000 € par an et par habitant. Mais elle n’existe que si le conseil départemental l’a inscrite dans son règlement d’aide sociale et a signé une convention avec le porteur du projet.

L’essentiel

Le travail invisible d’un habitat partagé

Quand on visite un habitat partagé, on regarde les logements, la cuisine commune, le jardin. On ne voit pas ce qui fait tenir l’ensemble.

Quelqu’un décide du jour des courses. Quelqu’un rappelle qu’une habitante ne descend plus dîner depuis trois jours. Quelqu’un tranche quand deux personnes ne se supportent plus. Quelqu’un prévient la fille de monsieur B. que son père a fait une chute sans gravité.

Ce travail porte un nom administratif : l’animation et la coordination du projet de vie sociale et partagée. Il n’est ni du soin, ni de l’aide à domicile, ni de la gestion locative. Il ne rentre donc dans aucun financement classique.

C’est exactement là que la plupart des projets d’habitat partagé meurent : pas faute de logements, faute de quelqu’un pour payer celui qui fait tenir le collectif.

L’aide à la vie partagée a été créée pour ça. Elle finance l’animation et la coordination des temps de vie partagée, le développement de la participation sociale des habitants, la création de liens et la régulation du vivre ensemble.

Elle exclut, en revanche, l’accompagnement individuel dans les activités de la vie quotidienne. L’aide et la surveillance d’une personne chez elle continuent de relever de l’APA et des services d’aide à domicile. Les deux se cumulent, ils ne se remplacent pas.

Qui décide qu’elle existe chez vous ?

C’est la partie que les familles découvrent le plus tard, et celle qui explique tout.

L’aide à la vie partagée n’est pas un droit national ouvert à toute personne qui en remplit les conditions. C’est une aide facultative que chaque conseil départemental choisit d’inscrire, ou non, dans son règlement départemental d’aide sociale.

Le circuit comporte trois étages. Le département inscrit l’aide dans son règlement. Il signe ensuite avec la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie une convention pluriannuelle, qui fixe le montant de l’aide, ses conditions d’attribution, et la liste des habitats programmés. Enfin, pour chaque habitat concerné, il passe une convention avec le porteur du projet. C’est seulement là que l’habitant peut en bénéficier.

Une mécanique financière pèse sur ces décisions. La caisse nationale rembourse une partie de la dépense du département, et cette part diminue avec le temps : 80 % pour les programmations déposées en 2021 et 2022, 65 % pour celles de 2023 et 2024, 50 % à partir de 2025.

Un département qui s’est engagé tôt a vu l’État payer quatre cinquièmes de la facture. Celui qui se lance aujourd’hui en paie la moitié.

Presque tous les départements ont signé. La caisse nationale en recensait 95 engagés dans le développement de l’habitat inclusif et de l’aide à la vie partagée. L’échelle réelle reste pourtant modeste : 47 départements ont programmé 1 238 projets d’habitat inclusif, pour 11 815 personnes âgées ou en situation de handicap bénéficiaires de l’aide.

Rapporté au nombre de personnes qui cherchent une solution entre le domicile isolé et l’Ehpad, c’est peu. J’avais calculé ailleurs le rythme de création que l’État s’est fixé pour l’habitat partagé : la comparaison se passe de commentaire.

L’habitat inclusif n’est d’ailleurs pas la seule formule intermédiaire. La résidence autonomie obéit à des règles complètement différentes, puisqu’il s’agit d’un établissement médico-social et non de logements ordinaires.

Aide à la vie partagée ou forfait habitat inclusif : quelle différence ?

Les deux existent, et la confusion est permanente.

Le forfait habitat inclusif est le dispositif le plus ancien. Il est financé par les agences régionales de santé, sur des crédits délégués par la caisse nationale. Il est attribué à la personne morale qui porte le projet de vie sociale et partagée. Son montant varie selon le nombre d’habitants et les caractéristiques du projet, entre 3 000 et 8 000 € par an et par habitant, dans la limite de 60 000 € par habitat.

L’aide à la vie partagée, elle, passe par le département et peut aller jusqu’à 10 000 € par an et par habitant. Elle a vocation à prendre le relais du forfait.

Pour une famille, la différence pratique tient en une question à poser au porteur du projet : cet habitat est-il conventionné avec le département au titre de l’aide à la vie partagée, et jusqu’à quand ? Une convention qui s’arrête dans deux ans sans reconduction annoncée, c’est un animateur qui disparaît dans deux ans.

Ce que vous pouvez faire

Méthodologie & sources

Sources primaires :

Paul Schneider
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