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Indicateurs Ehpad : les trois chiffres du personnel, et comment les lire

Grand âge & société

Quand on cherche un établissement pour un parent, on visite les chambres et on regarde le menu. Depuis cet été, trois chiffres sur les équipes sont publics, établissement par établissement. Ils valent la visite, à condition de savoir ce qu'ils mesurent.

Réponse rapide : depuis août 2026, l’annuaire officiel des Ehpad publie trois indicateurs sur le personnel de chaque établissement : le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre de professionnels présents pour une personne accueillie, le taux d’absentéisme de l’année précédente et le taux de rotation, qui mesure le renouvellement des équipes. Un décret du 8 août 2026 les a ajoutés aux informations que les établissements doivent transmettre. Ils sont consultables gratuitement, mais ils ne remplacent pas une visite.

L’essentiel

Que veulent dire ces trois chiffres ?

Ils ont des noms administratifs. Derrière chacun, il y a une question très concrète qu’une famille se pose en visitant un établissement.

Le taux d’encadrement. Il compte le nombre de membres du personnel médical, paramédical et socio-éducatif présents pour chaque personne âgée accueillie. En clair : combien de professionnels pour combien de résidents. C’est la réponse chiffrée à « est-ce qu’il y a assez de monde ici ».

Le taux d’absentéisme. Il mesure, sur l’année précédente, la part du temps de travail perdu pour cause d’absence. Un absentéisme élevé se voit dans le quotidien d’un résident : des remplaçants qui découvrent les habitudes de chacun, des toilettes faites plus vite, une équipe qui court.

Le taux de rotation. Il indique le renouvellement du personnel au sein de l’établissement au cours de l’année précédente. Autrement dit : combien de professionnels sont partis et ont été remplacés. C’est le chiffre qui répond à la question que personne ne pose en visite, et qui compte énormément pour une personne désorientée : est-ce que mon père verra les mêmes visages dans six mois ?

Ces trois chiffres décrivent la même chose sous trois angles : la stabilité de l’équipe qui va s’occuper de votre parent.

Ils sortent d’un décret du 8 août 2026, publié au Journal officiel le lendemain, qui modifie un décret de 2022 sur les informations que les établissements doivent transmettre. Un arrêté du même jour en fixe la définition et le mode de calcul. Le tout applique une disposition de la loi du 8 avril 2024 sur le bien vieillir.

D’où viennent ces données, et à quel point peut-on s’y fier ?

C’est la première question à se poser devant un chiffre officiel, et la réponse est ici assez claire.

Les informations proviennent des déclarations faites chaque année par les établissements eux-mêmes, dans ce qu’on appelle les tableaux de bord de la performance, gérés par l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation. Ce ne sont donc pas des chiffres mesurés par un contrôleur sur place. Ce sont des chiffres remplis par l’établissement, dans un cadre national et selon une définition commune.

Cela ne les rend pas suspects. Un formulaire national rempli par tout le monde de la même façon vaut infiniment mieux que rien, et c’est exactement ce que les familles avaient jusqu’ici : rien. Mais cela fixe la nature de l’outil. Ces chiffres servent à repérer un écart, pas à établir une vérité.

Deux limites doivent être posées franchement.

La première tient au décalage. Les indicateurs mis en ligne cet été reposent sur l’exercice 2024, que les établissements peuvent actualiser pour 2025. Un établissement qui a redressé ses effectifs il y a six mois ne le verra pas encore. Un autre qui s’est effondré au printemps non plus.

La seconde tient à la moyenne. Un taux d’encadrement est une moyenne annuelle, tous horaires confondus. Un chiffre annuel ne dit rien de ce qui se passe à quatre heures du matin, un dimanche, au mois d’août. Or c’est précisément à ce moment-là qu’un établissement se juge. L’annuaire indique séparément si l’établissement dispose d’un infirmier de nuit et d’un médecin coordonnateur : ces deux informations-là méritent autant d’attention que les trois nouvelles.

Comment s’en servir quand on cherche un établissement ?

Aucun seuil officiel n’accompagne ces indicateurs. Nulle part il n’est écrit qu’un taux d’absentéisme devient préoccupant à partir de tel niveau. Le ministère publie des chiffres, pas un permis de conduire.

Cela change la manière de les lire. Un chiffre isolé ne vous apprendra pas grand-chose. Le même chiffre comparé à trois établissements du même département, de taille voisine, devient très parlant.

Ma façon de faire, quand on me demande conseil, tient en quatre gestes.

Ouvrir l’annuaire officiel et sortir les trois indicateurs pour les établissements de la zone géographique envisagée. Repérer ceux qui décrochent nettement de leurs voisins, dans un sens comme dans l’autre. Aller visiter, sans annoncer que l’on a regardé les chiffres. Et poser la question directement à la direction : « votre taux de rotation est plus élevé que celui de l’établissement d’à côté, qu’est-ce qui s’est passé ? »

La réponse compte plus que le chiffre. Une direction qui explique une réorganisation, un départ en retraite groupé ou une ouverture d’aile est rassurante. Une direction qui conteste l’indicateur qu’elle a elle-même déclaré l’est beaucoup moins.

Le progrès tient surtout à ceci : une famille peut désormais arriver à un rendez-vous avec une question précise en main. Jusqu’à cet été, elle arrivait avec ses impressions. Le déséquilibre pesait lourd.

Je dis quand même l’évidence que ma position m’impose de dire. Ces indicateurs existent pour les Ehpad, et rien d’équivalent n’existe pour l’aide à domicile. Quand une famille choisit un service qui viendra chez elle, elle ne dispose d’aucun taux d’encadrement, d’aucun taux de rotation, d’aucune donnée publique comparable. L’État vient tout juste de lancer sa première étude nationale de coûts sur le secteur du domicile, qui mesurera des dépenses, pas de la stabilité d’équipe. L’asymétrie reste entière.

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Méthodologie & sources

Sources primaires :

Paul Schneider
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