Aide à domicile : jusqu'à 2 970 € de charges en plus par an
Aide à domicileLe décret n° 2026-261 a relevé de 70 à 80 ans l'âge d'accès à l'exonération de cotisations pour l'emploi à domicile. Les premiers bulletins de paie impactés tombent ce mois-ci. J'ai fait les calculs que personne n'a publiés.
Réponse rapide : jusqu’en juin 2026, un senior qui employait une aide à domicile était dispensé de la plus grande partie des cotisations patronales dès 70 ans. Il faut désormais avoir 80 ans — sauf à toucher déjà une aide à l’autonomie (APA ou PCH). Pour les 70-79 ans, les cotisations passent d’environ 18,5 % à environ 47 % du salaire brut : jusqu’à 247 € de charges en plus par mois, soit près de 2 970 € par an avant crédit d’impôt.
Les chiffres clés
- Qui est concerné : les employeurs à domicile de 70 à 79 ans qui ne touchent ni l’APA (l’allocation d’autonomie versée par le département) ni la PCH (son équivalent pour le handicap).
- Le surcoût maximal : 247 € par mois, soit 2 971 € par an avant crédit d’impôt.
- Après le crédit d’impôt de 50 % : environ 1 486 € par an de reste à charge supplémentaire.
- Cas courant (40 heures d’aide par mois) : environ 144 € de plus par mois, 72 € après crédit d’impôt.
- À comparer à la pension moyenne des retraités : 1 541 € nets par mois (DREES, édition 2025).
- Depuis quand : la déclaration de juillet 2026 — les familles le découvrent sur les bulletins de ce mois.
Ce que dit le décret, et ce qu’il ne dit pas
Jusqu’en juin 2026, tout particulier employeur de 70 ans ou plus était dispensé des cotisations patronales de Sécurité sociale sur le salaire de son aide à domicile (URSSAF/CESU). Un décret a relevé ce seuil à 80 ans, sans aucune mesure de transition pour les employeurs déjà en poste : une personne de 74 ans qui emploie la même auxiliaire depuis trois ans voit ses charges bondir du jour au lendemain.
Une autre dispense existe pour ceux qui perçoivent l’APA ou la PCH — mais elle suppose d’être déjà reconnu en perte d’autonomie par le département. C’est précisément la population encore autonome, celle qu’on veut éviter de voir basculer dans la dépendance, qui paie.
Pourquoi c’est un contresens économique
La collectivité affiche depuis des années l’objectif du « virage domiciliaire » : les Français veulent vieillir chez eux, et le domicile coûte moins cher que l’établissement. Or entre 70 et 80 ans se joue la décennie charnière : quelques heures d’aide par semaine retardent, parfois évitent, l’entrée en dépendance lourde.
Renchérir l’aide à ce moment précis, c’est économiser des cotisations aujourd’hui pour payer des places d’EHPAD demain. Et le contexte ne rassure pas : à l’automne 2025, le Sénat a envisagé de raboter le crédit d’impôt de 50 % à 45 %, avant d’y renoncer. Le soutien au maintien à domicile est en train de devenir une variable d’ajustement budgétaire.
Sans opposer seniors et auxiliaires
Au même moment, la branche professionnelle des salariés du particulier employeur a relevé le salaire minimum des auxiliaires de vie à 12,61 € brut de l’heure (arrêté du 4 mai 2026), au-dessus du SMIC. C’est une bonne nouvelle : ce métier, exercé très majoritairement par des femmes, a longtemps été payé au plancher.
Mais on ne peut pas vouloir à la fois des auxiliaires mieux payées et des seniors qui restent chez eux, tout en retirant le soutien public à ceux qui les emploient. Aujourd’hui, l’État demande aux 70-79 ans de financer seuls l’écart.
Méthodologie & sources
Calculs réalisés à partir des barèmes en vigueur au 1er juillet 2026 (relèvement de l’âge d’exonération : décret n° 2026-261) : SMIC horaire 12,31 € ; plafond d’exonération 65 SMIC/mois/foyer, soit un salaire brut exonérable de 781,30 €/mois (surcoût maximal 247,65 €/mois congés payés inclus) ; taux de cotisations patronales ≈ 47 % hors exonération, ≈ 18,5 % avec exonération Sécurité sociale ; minimum conventionnel IDCC 3239 (convention collective des particuliers employeurs) niveau I 12,61 €/h ; pension moyenne nette de droit direct 1 541 €/mois (DREES, fin 2023).
