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Rupture conventionnelle Cesu : 40 % de contribution en 2026

Aide à domicile

Depuis le 1er janvier 2026, un particulier employeur qui se sépare de son auxiliaire de vie par rupture conventionnelle reverse 40 % de l'indemnité à l'Urssaf, contre 30 % auparavant. La mesure a été commentée pour les entreprises. Personne ne l'a chiffrée pour le domicile d'une personne âgée. Je l'ai fait.

Réponse rapide : la rupture conventionnelle, c’est la séparation à l’amiable entre un employeur et son salarié — celle qui ouvre droit au chômage. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, une personne âgée qui se sépare ainsi de son auxiliaire de vie doit verser à l’Urssaf une contribution de 40 % de l’indemnité de départ, contre 30 % jusqu’à fin 2025. Pour une salariée à 20 heures par semaine et 10 ans d’ancienneté, l’indemnité s’élève à 2 732 € : la contribution ajoute 1 093 €, soit un mois de salaire. Total à payer : 3 825 €, et aucun crédit d’impôt en face.

Les chiffres clés

Combien coûte réellement une rupture conventionnelle à domicile ?

Prenons la situation la plus banale du maintien à domicile. Une dame de 84 ans emploie directement une auxiliaire de vie 20 heures par semaine depuis dix ans, déclarée au Cesu — le service de l’Urssaf qui simplifie l’emploi à domicile. Sa santé se dégrade, elle part en établissement, ou ses ressources ne suivent plus : il faut mettre fin au contrat. Les deux parties s’entendent, elles choisissent la rupture conventionnelle — la voie la plus apaisée, celle qui ouvre droit au chômage pour la salariée.

Voici la facture, ligne à ligne.

Pour 20 heures par semaine payées au salaire minimum de la branche, le salaire mensuel est d’environ 1 093 € brut. La convention collective garantit une indemnité de départ d’au moins un quart de mois de salaire par année d’ancienneté : après dix ans, cela fait 2 732 €. Sur cette indemnité, l’employeur doit désormais verser 40 % à l’Urssaf, soit 1 093 €. Total décaissé : 3 825 €.

En 2025, la même séparation coûtait 3 552 €. En 2023, 3 279 €. La même rupture, entre les deux mêmes personnes, coûte aujourd’hui 546 € de plus qu’il y a trois ans — sans qu’un centime supplémentaire aille à la salariée.

Pour une aide plus présente — 30 heures par semaine, quinze ans d’ancienneté —, l’addition totale atteint 9 563 €. À rapporter à la pension moyenne des retraités, 1 541 € nets par mois selon la DREES : plus de six mois de pension entière.

Pourquoi une famille paie-t-elle le même taux qu’une grande entreprise ?

C’est là que la mesure me pose un vrai problème de conception, et pas d’intention.

Le mécanisme a été conçu pour les grosses indemnités négociées dans les entreprises. Au-delà d’un seuil d’environ 96 000 €, une indemnité de rupture est traitée comme du salaire et cotise normalement ; la contribution de 40 % ne s’applique qu’en dessous.

Résultat : une transaction d’entreprise à 150 000 € voit une partie de son montant sortir du champ de la contribution, tandis qu’une indemnité de 2 732 € versée par une dame de 84 ans est taxée à 40 % sur son montant intégral. Il n’y a ni abattement, ni franchise, ni taux réduit pour les particuliers employeurs. Le premier euro d’indemnité est taxé au même taux que le millionième.

Ajoutez la seconde asymétrie. Un particulier employeur bénéficie d’un crédit d’impôt de 50 % sur les salaires et les cotisations sociales qu’il verse : c’est le socle économique de l’emploi direct à domicile. Mais l’indemnité de rupture, elle, n’ouvre pas droit à cet avantage fiscal. Un euro de salaire coûte donc réellement 50 centimes à l’employeur après crédit d’impôt ; un euro d’indemnité de rupture lui coûte 1 euro, plus 40 centimes de contribution. À l’instant précis où le contrat s’arrête, chaque euro versé devient presque trois fois plus cher qu’un euro de salaire.

Et je note l’ironie de la destination : cette contribution alimente l’assurance vieillesse. Une retraitée de 84 ans finance donc les retraites en se séparant de son auxiliaire de vie.

Ce que ça change pour le maintien à domicile

Je ne défends pas les séparations à bas coût. Une auxiliaire de vie qui a accompagné quelqu’un pendant dix ans doit partir avec une indemnité — et j’aimerais qu’elle soit supérieure au minimum conventionnel, pas inférieure. Ce que je conteste, c’est qu’on renchérisse la sortie du contrat sans regarder qui paie.

Car l’effet pratique est prévisible, et je le vois déjà sur le terrain. Une famille qui hésite entre une rupture conventionnelle propre et un arrangement flou — un abandon de poste, une démission « négociée », une fin de contrat mal qualifiée — vient de recevoir mille euros de raisons supplémentaires de choisir le flou. La salariée y perd son droit au chômage, et l’employeur y gagne un risque prud’homal : c’est le pire des deux mondes, et c’est le résultat mécanique d’une taxe posée sur la voie propre.

Cette décision ne vient pas seule. J’ai montré ici que la suppression de l’exonération de charges pour les 70-79 ans coûte jusqu’à 2 970 € par an aux particuliers employeurs, et que le socle du domicile se limite à cinquante minutes d’aide par jour en moyenne. On renchérit l’heure d’aide, on ne finance qu’une heure sur deux du besoin, et on taxe maintenant la sortie du contrat. Chacune de ces mesures se défend isolément. Mises bout à bout, elles disent toujours la même chose à une famille : employer quelqu’un chez soi devient compliqué.

À l’heure où le gouvernement ouvre une consultation citoyenne « Vieillir en France » jusqu’au 20 septembre et prépare une Conférence nationale de l’autonomie à l’automne, ma demande est simple et chiffrable : un taux réduit ou une franchise pour les indemnités inférieures à un plafond de quelques milliers d’euros, quand l’employeur est un particulier. Le coût pour les finances publiques serait marginal ; l’effet sur la sécurité juridique de milliers de fins de contrat à domicile serait immédiat.

Ce que vous pouvez faire, concrètement

Méthodologie & sources

Tous les calculs sont reproductibles avec une calculatrice à partir des barèmes publiés.

Sources primaires :

Paul Schneider
Une interview, une tribune, une question sur ce sujet ?Paul Schneider intervient régulièrement dans les médias sur le bien vieillir, l'aide à domicile et l'habitat partagé.Contacter Paul

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