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APA à domicile : 50 minutes d'aide par jour en moyenne

Aide à domicile

Le conseil de la CNSA a écrit au Premier ministre le 9 juillet 2026 pour réclamer des moyens avant les arbitrages du PLFSS 2027. Avant de parler de milliards, j'ai voulu savoir ce que le maintien à domicile pèse aujourd'hui, en heures. La réponse tient en une division que personne n'a publiée.

Réponse rapide : les 786 000 seniors qui touchaient l’APA à domicile — l’allocation versée par le département pour financer des heures d’aide — se partageaient 20 millions d’heures d’intervention par mois, d’après la DREES. La division donne 25,4 heures par personne et par mois : 50 minutes par jour. Même au niveau de dépendance le plus lourd, la moyenne plafonne à 2 heures par jour. Voilà le socle réel du maintien à domicile en France, au moment où le budget 2027 de la Sécurité sociale va arbitrer les moyens du grand âge.

Les chiffres clés

Que couvre réellement un plan d’aide APA aujourd’hui ?

Le chiffre est public depuis octobre 2024, dans un dossier de la DREES — le service statistique des ministères sociaux — consacré aux besoins en personnel. On y lit que les bénéficiaires de l’APA à domicile consomment 20 millions d’heures d’intervention par mois. On y lit aussi qu’ils étaient 786 000 en 2021. Personne, à ma connaissance, n’a posé la division.

Elle donne 25,4 heures par mois et par personne. Rapporté à la semaine : 5,9 heures. Rapporté au jour : cinquante minutes.

Cinquante minutes, c’est le temps d’une toilette, d’un petit-déjeuner et d’un rangement de cuisine. Ce n’est ni une présence, ni une surveillance, ni une vie sociale. Le maintien à domicile, en France, repose aujourd’hui sur moins d’une heure d’aide professionnelle par jour — le reste est porté par les familles, les voisins, ou n’est pas porté du tout.

Et l’écart avec l’établissement est frappant : un résident d’Ehpad mobilise en moyenne 0,7 équivalent temps plein de personnel — sept postes à temps complet pour dix résidents —, contre 0,2 pour un bénéficiaire de l’APA à domicile. Ces deux chiffres ne recouvrent pas le même périmètre — le premier compte tout le personnel de l’établissement, soins compris, le second seulement les heures d’aide humaine du plan d’aide. Mais l’ordre de grandeur dit quelque chose de simple : on n’a jamais donné au domicile les moyens d’être une vraie alternative, on lui a donné les moyens d’être une solution d’attente.

Combien d’heures le plafond de l’APA permet-il d’acheter en 2026 ?

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, un service d’aide à domicile intervenant dans un plan APA ne peut pas être payé moins de 25 € l’heure : c’est le tarif plancher national. Ce plancher est une bonne chose — il a été créé pour arrêter de payer les heures en dessous de leur coût de revient. Mais il transforme mécaniquement chaque plafond d’APA en un nombre d’heures.

Un mot sur le GIR, l’échelle qui sert de référence : c’est le niveau de perte d’autonomie évalué par l’équipe médico-sociale du département, de 1 (le plus dépendant) à 6. Le montant maximal du plan d’aide dépend de ce niveau. Faites la division vous-même, avec les plafonds mensuels au 1ᵉʳ janvier 2026 :

Ces montants sont des maximums, avant participation financière du bénéficiaire, qui augmente avec les revenus.

Une personne en GIR 2, c’est-à-dire qui ne se lève plus seule, dispose au mieux de deux heures d’aide par jour, week-end compris. Ce n’est pas un choix budgétaire caché : c’est écrit dans le barème, et c’est vérifiable en trois secondes avec une calculatrice.

Qui fera ces heures en 2050 ?

C’est la question que le PLFSS 2027 — le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, discuté à l’automne — devra regarder en face. D’après les projections publiées par la DREES en février 2026, la France comptera près de 23 millions de personnes de 60 ans et plus en 2050, cinq millions de plus qu’en 2021, et environ 740 000 personnes en perte d’autonomie supplémentaires.

Mon calcul : si ces 740 000 personnes étaient accompagnées à domicile avec l’intensité d’aide d’aujourd’hui, il faudrait 148 000 aides à domicile à temps plein de plus, à comparer aux 180 400 mobilisées en 2021. C’est une augmentation de 82 % du volume de travail du secteur, sans améliorer d’une minute le service rendu à ceux qui sont déjà accompagnés.

Ce chiffre est cohérent avec la fourchette de la DREES elle-même : 156 000 à 202 000 emplois supplémentaires en 2050, tous lieux de vie confondus. L’autre branche de l’alternative est chiffrée aussi : si les pratiques d’entrée en Ehpad restaient inchangées, il faudrait créer 365 000 places d’Ehpad d’ici 2050 — agrandir le parc actuel de 57 %.

Il n’existe donc pas de scénario sans effort : il existe un scénario où l’on recrute à domicile, et un scénario où l’on construit des Ehpad — et le second demande plus de personnel par personne accompagnée, pas moins.

Ce que le PLFSS 2027 doit trancher

Le 9 juillet 2026, le conseil de la CNSA — la caisse qui pilote la branche autonomie de la Sécurité sociale — a écrit au Premier ministre pour demander que le PLFSS 2027 donne à cette branche les moyens d’anticiper le vieillissement. Je partage l’alerte. J’ajoute seulement qu’un débat sur les milliards sans débat sur les heures ne changera rien pour les personnes concernées.

Trois questions, très simples, que j’aimerais voir posées cet automne. Combien d’heures par semaine un plan d’aide doit-il financer pour qu’on parle sérieusement de maintien à domicile — car cinquante minutes par jour, ce n’est pas un objectif, c’est un constat d’échec. Comment ces heures seront-elles pourvues, alors que le secteur peine déjà à recruter et que le besoin peut croître de 82 % d’ici 2050. Et à quel moment décide-t-on de financer les formes intermédiaires — colocations accompagnées, habitat inclusif — où quelques heures d’aide mutualisées valent, pour une personne isolée, bien plus que les mêmes heures éparpillées dans dix logements séparés.

Le reste du dossier suit la même logique. J’ai montré qu’une exonération de charges supprimée coûte jusqu’à 2 970 € par an aux particuliers employeurs de 70 à 79 ans : on renchérit l’heure d’aide payée directement. J’ai montré que la cible d’habitat partagé suppose 12 650 places par an d’ici 2040 pour 0,7 % du budget autonomie : on sous-finance l’alternative. Et on découvre aujourd’hui que le socle du domicile, c’est cinquante minutes par jour. Trois décisions séparées, un seul résultat : le domicile n’est jamais tout à fait finançable, et l’Ehpad reste la seule porte grande ouverte.

Pour toute personne concernée aujourd’hui, la première démarche reste la demande d’APA auprès du conseil départemental ou du CCAS de la commune : le portail officiel Pour les personnes âgées détaille la procédure et les plafonds à jour.

Méthodologie & sources

Tous les calculs sont reproductibles à partir des chiffres publiés.

Sources primaires :

Paul Schneider
Une interview, une tribune, une question sur ce sujet ?Paul Schneider intervient régulièrement dans les médias sur le bien vieillir, l'aide à domicile et l'habitat partagé.Contacter Paul

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