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Aide à domicile : mandataire ou prestataire, qui emploie vraiment l'intervenante

Aide à domicile

Deux familles paient le même prix pour les mêmes heures d'aide à domicile. L'une devra un jour rédiger une lettre de licenciement, l'autre non. Tout tient à un mot écrit dans le contrat, que presque personne ne remarque en le signant.

Réponse rapide : il existe trois façons de faire intervenir une aide à domicile. En emploi direct, la famille recrute et gère tout. En mode mandataire, un organisme recrute l’intervenante et s’occupe des bulletins de paie, mais l’employeur reste la personne âgée ou son représentant : le contrat de travail est à son nom, avec les obligations qui vont avec. En mode prestataire, l’intervenante est salariée du service, qui assume le recrutement, le remplacement et la rupture du contrat. Le crédit d’impôt de 50 % s’applique dans les trois cas.

L’essentiel

Le mot qui décide de tout

Quand une famille signe avec un service d’aide à domicile, elle regarde le prix de l’heure, les jours d’intervention, parfois le prénom de l’intervenante. Elle ne regarde presque jamais la mention du mode d’intervention.

C’est pourtant la ligne qui détermine qui est l’employeur.

Le code du travail distingue trois façons d’exercer une activité de service à la personne. Le prestataire fournit une prestation : ses salariés interviennent chez vous, mais restent ses salariés. Le mandataire, lui, propose de recruter un travailleur pour vous, et d’accomplir en votre nom les formalités administratives et les déclarations sociales liées à cet emploi.

Dans le premier cas vous achetez un service, dans le second vous devenez employeur avec de l’aide administrative.

Le troisième mode, l’emploi direct, ne cache rien : la famille recrute elle-même, souvent avec le Cesu, le dispositif simplifié de déclaration des salariés à domicile.

Le mandataire occupe une position intermédiaire qui prête à confusion, parce que tout ressemble à un service classique. Il y a une agence, un contrat, une facture mensuelle, un numéro à appeler. Sauf que juridiquement, le contrat de travail porte le nom de votre parent.

Que se passe-t-il le jour où ça tourne mal ?

C’est la question qui révèle la différence. Prenons une situation banale.

Madame D., 87 ans, a une aide à domicile trois heures par jour depuis deux ans. La relation se dégrade. Sa fille veut changer d’intervenante.

En mode prestataire, elle appelle le service et demande un changement. Le service organise le remplacement. S’il décide de se séparer de la salariée, c’est son affaire d’employeur, avec sa procédure et son coût.

En mode mandataire, personne ne peut « changer d’intervenante » d’un coup de téléphone. Il faut rompre un contrat de travail dont Madame D. est l’employeur. Donc un motif réel et sérieux, un entretien préalable, une lettre, un préavis, une indemnité. Le mandataire aide à rédiger. Il ne paie pas.

Même logique pour le reste. Un arrêt maladie en mandataire, c’est à vous de trouver un remplacement, et le mandataire vous en proposera un s’il le peut. Un accident du travail au domicile engage la responsabilité de l’employeur, c’est-à-dire la vôtre. Les congés payés sont dus par vous.

Le mandataire vend de l’accompagnement administratif, pas un transfert de responsabilité.

Je ne dis pas que ce mode est mauvais. Il donne un vrai pouvoir de choix sur la personne qui entre chez soi, et une stabilité de l’intervenante que le prestataire n’offre pas toujours. Beaucoup de familles le préfèrent pour cette raison, et je le comprends. Mais il faut le choisir en connaissance de cause, pas le découvrir au moment de la rupture. Sur ce point, j’ai détaillé ailleurs ce que coûte aujourd’hui une rupture conventionnelle au Cesu.

Pourquoi les prix ne se comparent pas d’un mode à l’autre

Une facture prestataire affiche un prix tout compris : le salaire, les cotisations, l’encadrement, les déplacements, le remplacement, la marge.

Une facture mandataire se lit autrement. Il y a le salaire et les cotisations de l’intervenante d’un côté, et les frais de gestion du mandataire de l’autre. Comparer le second chiffre au tarif horaire d’un prestataire n’a aucun sens, et c’est pourtant ce que font beaucoup de familles quand elles demandent des devis.

Deux règles publiques s’ajoutent, et elles ne jouent pas dans le même sens.

Le crédit d’impôt d’abord. Il vaut 50 % des sommes versées, que l’on emploie en direct, en mandataire ou en prestataire. Aucun mode n’est avantagé. J’ai expliqué ailleurs où s’arrête vraiment ce crédit d’impôt, parce que le plafond arrive plus vite qu’on ne le croit.

L’APA ensuite. L’allocation personnalisée d’autonomie, versée par le département aux personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie, finance un nombre d’heures inscrit dans un plan d’aide. Or la valorisation de ces heures est faite sur la base de tarifs fixés par le président du conseil départemental, qui diffèrent selon qu’on passe par un prestataire, un mandataire ou l’emploi direct. Un tarif horaire minimal national s’impose au département pour les heures réalisées par un service prestataire. Il ne couvre pas les deux autres modes.

Autrement dit : à plan d’aide identique, le nombre d’heures réellement financées peut varier selon le mode choisi. C’est une question à poser au département avant de signer, pas après.

Comment savoir dans quel mode on est ?

Trois vérifications, dans l’ordre.

Regardez le contrat. La réglementation impose aux organismes d’indiquer le mode d’intervention pour chaque prestation proposée. Le mot doit y figurer.

Regardez ensuite qui édite le bulletin de paie et à quel nom. Si un bulletin de salaire existe au nom de votre parent comme employeur, vous êtes en mandataire ou en emploi direct.

Regardez enfin qui a autorisé la structure. Les services prestataires qui interviennent auprès de personnes âgées dépendantes relèvent d’une autorisation délivrée par le conseil départemental, qui fixe un cahier des charges et peut contrôler. L’activité mandataire auprès de ces mêmes publics relève d’un agrément délivré par l’État. Deux autorités, deux logiques de contrôle.

Ce point n’est pas anecdotique. Le département qui autorise un service prestataire est aussi celui qui verse l’APA et qui tarifie. La boucle est courte. En mandataire, le lien est plus lâche.

Une dernière remarque de terrain. Le modèle mandataire se développe vite en France, porté par des réseaux nationaux qui ouvrent des agences à un rythme soutenu. Ce n’est pas un problème en soi. Cela veut simplement dire que de plus en plus de familles vont devenir employeurs sans l’avoir vraiment décidé.

Ce que vous pouvez faire

Méthodologie & sources

Sources primaires :

Paul Schneider
Une interview, une tribune, une question sur ce sujet ?Paul Schneider intervient régulièrement dans les médias sur le bien vieillir, l'aide à domicile et l'habitat partagé.Contacter Paul

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