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Salaire des aides à domicile : la hausse du 1er août rapporte 0 € au bas de la grille

Aide à domicile

Le 1er août 2026, une augmentation est devenue obligatoire pour tous les employeurs de l'aide à domicile : +11 points de coefficient, soit 63,47 € brut par mois. J'ai refait le calcul au bas de la grille. Il reste 26,39 € en dessous du SMIC. Pour une auxiliaire de vie qui débute, l'augmentation vaut zéro euro.

Réponse rapide : depuis le 1ᵉʳ août 2026, tous les employeurs de la branche de l’aide à domicile doivent appliquer l’avenant n° 75/2026, qui ajoute 11 points à chaque coefficient de la grille de salaires, soit 63,47 € brut par mois. Mais le premier échelon passe ainsi de 1 777,16 € à 1 840,63 € brut, alors que le SMIC est à 1 867,02 € depuis le 1ᵉʳ juin. L’employeur devait déjà verser le SMIC ; il doit toujours verser le SMIC. Pour une auxiliaire de vie qui débute, l’augmentation obligatoire vaut 0 €, et la grille reste 26,39 € sous le salaire minimum légal.

Les chiffres clés

Que gagne vraiment une auxiliaire de vie débutante depuis le 1er août ?

Rien. Et je pèse le mot.

Voici le mécanisme, en deux lignes. Une convention collective fixe des salaires minimums par métier. Quand le minimum conventionnel tombe sous le SMIC, il ne s’applique pas : la loi impose au moins le SMIC. La grille devient alors une indication sans effet, et l’employeur verse le minimum légal.

C’est exactement la situation de la branche de l’aide à domicile. Avant le 1ᵉʳ août, une auxiliaire de vie au premier échelon avait un salaire conventionnel de 1 777,16 € — soit 89,86 € sous le SMIC. Elle touchait donc 1 867,02 €. Depuis le 1ᵉʳ août, son salaire conventionnel est de 1 840,63 € — soit 26,39 € sous le SMIC. Elle touche donc toujours 1 867,02 €.

L’augmentation obligatoire de 63,47 € par mois ne s’est pas traduite par un centime de plus sur sa fiche de paie. Elle a servi à réduire un retard, pas à payer un salaire.

Je veux être précis, parce que la nuance compte et que je ne veux pas laisser croire que personne n’y gagne. Au-dessus du premier échelon, les coefficients dépassent le SMIC, et les 63,47 € sont bien réels : une salariée avec de l’ancienneté, un diplôme, une qualification les touchera. La hausse profite à ceux qui ont déjà progressé dans la grille. Elle ne change rien pour celle qui arrive.

Or c’est précisément là que le secteur recrute — ou plutôt, n’y arrive pas.

Combien de points manquait-il pour que la grille rattrape le SMIC ?

Cinq.

Le calcul tient sur une ligne. Pour dépasser 1 867,02 €, il faut un coefficient supérieur à 1 867,02 ÷ 5,77 = 323,6, donc au moins 324. La grille s’arrête à 319. Il manque cinq points, soit 28,85 € par mois et par salarié à temps plein.

Je ne crois pas que ce soit de la mauvaise volonté. L’avenant a été signé le 24 mars 2026, à un moment où le SMIC était encore à 1 823,03 € : le coefficient 319 le dépassait alors de 17,60 €. Le calendrier a fait le reste. Le SMIC a été revalorisé au 1ᵉʳ juin 2026, à 1 867,02 €, et il a repris de vitesse une grille que l’avenant venait tout juste de relever. Le temps que l’arrêté d’extension soit publié, le 23 juillet, la mesure était déjà rattrapée.

Une revalorisation salariale qui met quatre mois à devenir obligatoire arrive périmée dans un secteur payé au salaire minimum. C’est un problème de tuyauterie, pas d’intention — mais l’effet sur la fiche de paie est le même que si personne n’avait rien signé.

Et cette tuyauterie a un coût invisible : elle épuise le crédit politique de la mesure. On annonce « +63 € pour les aides à domicile », les fédérations communiquent, la presse professionnelle titre, et la salariée de terrain constate qu’il ne s’est rien passé. La prochaine annonce sera crue encore un peu moins.

Pourquoi le financement public ne suit pas

Reste la question que personne ne pose : qui paie ?

Quand un service d’aide à domicile intervient dans le cadre d’un plan d’aide APA (l’allocation personnalisée d’autonomie, versée par le département aux personnes âgées en perte d’autonomie) ou PCH (la prestation de compensation du handicap), il est payé au moins au tarif national socle — un plancher fixé au niveau national, que les départements ne peuvent pas descendre. Ce tarif est passé de 24,58 € à 25,00 € de l’heure au 1ᵉʳ janvier 2026, soit +0,42 €.

Maintenant, mettons les deux chiffres côte à côte.

La hausse conventionnelle du 1ᵉʳ août représente 63,47 € brut par mois. Rapportée aux 151,67 heures d’un temps plein, elle coûte 0,42 € de l’heure. Le financement supplémentaire de l’année : 0,42 € de l’heure.

Toute la revalorisation du financement public pour 2026 est consommée par une seule mesure salariale — et il s’agit de brut, avant les cotisations patronales. Il ne reste rien pour la hausse du SMIC de juin, rien pour l’inflation, rien pour les frais de déplacement, rien pour l’ancienneté des équipes en place. Les services doivent absorber la différence sur leur gestion, c’est-à-dire sur le nombre de personnes qu’ils accompagnent ou sur les conditions dans lesquelles ils le font.

Le débat est ouvert : la Cour des comptes a proposé de remettre en cause la tarification administrée de ces services, et les fédérations du domicile (ADMR, UNA, Adedom, FNAAFP, Nexem) l’ont publiquement rejetée début août. Je comprends leur réflexe : quand le tarif plancher est le seul rempart, on ne le lâche pas. Mais un plancher indexé sur un paramètre qui n’a rien à voir avec le coût du travail finira toujours par décrocher. C’est arithmétique.

J’ai déjà montré ici que le socle public ne finance que cinquante minutes d’aide par jour en moyenne, et que la sortie d’un contrat à domicile coûte désormais 40 % de contribution à la famille employeuse. Ajoutez cet épisode : on annonce une hausse de salaire qui n’atteint pas les plus bas salaires, financée par une revalorisation qui ne couvre pas son propre coût. Chaque décision se défend seule. L’empilement, lui, ne tient plus.

Ce que je demande, et c’est chiffrable

Indexer le plancher de la grille conventionnelle sur le SMIC, et indexer le tarif national socle sur le coût réel du travail de la branche. Cinq points de coefficient — 28,85 € par salarié à temps plein — suffiraient aujourd’hui à ce que la grille de l’aide à domicile ne soit plus, en 2026, une grille théorique. C’est le prix d’un secteur qui peut au moins afficher un salaire d’entrée conforme à la loi sans avoir à le corriger à la main chaque mois.

Ce que vous pouvez vérifier, concrètement

Méthodologie & sources

Tous les calculs se refont à la calculatrice à partir des barèmes publiés. Je donne les hypothèses.

Sources primaires :

Paul Schneider
Une interview, une tribune, une question sur ce sujet ?Paul Schneider intervient régulièrement dans les médias sur le bien vieillir, l'aide à domicile et l'habitat partagé.Contacter Paul

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